France - Afrique du Sud 1995 : récit d'une plaie qui n'a jamais cicatrisé
Le 15 octobre 2023, l'Afrique du Sud élimine la France, au Stade de France, après un quart de finale polémique, remporté 29-28 par les Springboks. Une défaite qui a rouvert une cicatrice : la demi-finale de la Coupe du monde 1995.
Revenons près de 20 ans en arrière. Le 17 juin 1995, l'Afrique du Sud reçoit l'Équipe de France à Durban, en demi-finale de la Coupe du monde. Les Sud-africains, hôtes de ce Mondial, jouent une place en finale, devant leur public.
Sauf qu'avant le début du match, des trombes d'eau s'abattent sur la ville, pourtant réputée pour son climat peu capricieux. Le coup d'envoi est reporté une fois, deux fois, trois fois… une attente interminable, se souvient Philippe Saint-André, ailier des Bleus : "Tu fais monter la cocotte, tu vas pour entrer et là… l’arbitre dit non."
Les officiels envisagent même l'annulation du match, mais la pression des organisateurs et des diffuseurs les poussent à maintenir la rencontre.
L'ancien demi-de-mêlée du XV de France, Guy Accoceberry, explique à France-Info : "Ils envoient des gens avec des balais pour évacuer l’eau du terrain tellement les trombes d’eau étaient importantes. Ils voulaient à tout prix jouer dans ces conditions. Leur point fort, c’était le physique. Ils nous craignaient dans le jeu. Je pense que sur un terrain sec, on aurait sûrement battu cette équipe d’Afrique du Sud."
Finalement, avec près de deux heures de retard, le match commence. Les conditions favorisent un jeu restrictif, basé sur la conquête et le défi physique, terrain sur lequel les Sud-Africains excellent. Malgré cela, les Français opposent une résistance acharnée, s'adaptant tant bien que mal à ces circonstances défavorables.
Sous le déluge, les SudAfs sont les premiers à passer la ligne d'en-but. Ruben Kruger marque le premier essai du match à la 26ᵉ minute et porte le score à 10-0. Un essai non valable, selon le journaliste Pierre Richard : "L'essai accordé à l'Afrique du Sud n’est pas valable. Son auteur, Ruben Kuger l'a lui-même reconnu." Début de la polémique.
Toutefois, les Bleus ne baissent pas les bras et reviennent grâce à deux pénalités : 10-6 à la mi-temps. Un moindre mal, dans des conditions de jeu désastreuses.
Sauf que l'histoire de ce match se joue sur les terrains… mais aussi dans le sifflet de l'arbitre de la rencontre, le Gallois Derek Bevan. Au cours de la rencontre, ce dernier refuse pas moins de quatre essais tricolores, dont deux à Fabien Galthié et un à Émile Ntamack. L'incompréhension et la frustration des joueurs et du staff français grandit, et ce n'est pas fini.
Malgré toute leur volonté, les Bleus n'arrivent pas à maîtriser le ballon : "Il y a des variables en rugby qu'on ne maîtrise pas : le temps, le rebond d'un ballon et les décisions de l'arbitre. Mais c'est aussi la beauté de ce sport, avec ses petites injustices", se rappelle l'ancien troisième ligne Laurent Cabannes.
Le tournant du match a finalement lieu à la 78ᵉ minute. Menés 19 à 15, les Français sont à quelques mètres de l'en-but sud-africain. Après une mêlée dominatrice, Abdelatif Benazzi, lancé comme un bolide, plonge pour aplatir le ballon sur la ligne. Les joueurs français lèvent les bras, persuadés d'avoir inscrit l'essai de la victoire.
Sauf que, une nouvelle fois, Derek Bevan en décide autrement. Le Gallois refuse l'essai, jugeant que le ballon n'a pas été aplati. Une décision d'autant plus critiquée quand on sait qu'il a accordé celui de Kruger, alors que le ballon n'avait pas été aplati.
Toutefois, les Tricolores n'abandonnent pas. Les Français repartent à l'assaut et dominent les trois mêlées suivantes… mais l'essai de pénalité ne vient pas.
Finalement, après une quatrième mêlée dominante, Fabien Galthié écarte vers Thierry Lacroix, mais le Français est coffré par les Springboks. Derek Bevan siffle la fin du match, l'Afrique du Sud est en finale.
Après la rencontre, les supporters et joueurs français sont sous le choc. Abdelatif Benazzi essaie lui d'en rigoler : "Je pense que je vais me faire un t-shirt où je vais noter 'J’ai marqué' pour me balader dans la rue, comme ça les gens ne vont pas me poser la question."
Pierre Berbizier, sélectionneur des Bleus, n'a jamais eu le courage de revoir le match : "Ça n’aurait fait que raviver les regrets et le sentiment d’injustice. Aujourd’hui, tout le monde a compris que la dimension politique l’a emporté sur la dimension sportive. Tout a été fait pour que l’Afrique du Sud gagne."
Et aussi
À ne pas manquer

