Steven Bradbury : découvrez le médaillé d'or le plus inattendu (et chanceux) de l'histoire des Jeux olympiques !
Steven Bradbury est un patineur de vitesse sur piste courte aujourd'hui à la retraite, qui a représenté l'Australie lors de quatre Jeux olympiques dans des épreuves individuelles et de relais. Malgré des années de compétition au plus haut niveau, c'est sa dernière course qui le fera entrer à tout jamais dans la légende...
Né en 1973 à Camden, en Nouvelle-Galles du Sud, Steven Bradbury a grandi dans une famille d'athlètes, son père étant à l'époque champion d'Australie de patinage de vitesse. Il a donc été sur la piste dès son plus jeune âge et a perfectionné ses compétences au Roos Speed Skating Club de Brisbane.
Peu connue pour ses prouesses sur la glace, l'Australie a remporté le relais 5000 m lors des Championnats du monde de 1991, organisés à Sydney. Steven Bradbury n'avait alors que 17 ans, mais il avait déjà aidé son pays à remporter sa première médaille d'or dans un sport d'hiver majeur.
Malgré son rôle dans la victoire aux Championnats du monde, Steven Bradbury n'a pas été sélectionné dans le quatuor de départ du relais 5000 m aux Jeux olympiques d'hiver d'Albertville, en France. On s'attendait d'ailleurs à ce que l'équipe australienne se batte pour une médaille, mais elle a échoué en demi-finale.
Les Jeux de 1994 se sont déroulés à Lillehammer, en Norvège, et ont été l'occasion pour l'Australie de remporter sa première médaille olympique d'hiver. Faisant désormais partie du quatuor de départ du relais 5000 m, Steven Bradbury aide son équipe à rester en lice, utilisant une approche conservatrice en se concentrant sur le fait de ne pas tomber ou d'être disqualifié. Il a terminé juste derrière l'équipe américaine, avec une impressionnante troisième place.
En 1994, Steven Bradbury est considéré comme ayant une véritable chance de remporter une médaille individuelle aux Jeux Olympiques, il est même considéré par certains comme le favori de la compétition du 1000 m. Malgré quelques bonnes performances, il finit par être victime de chutes et de bousculades de la part de ses concurrents et termine à une décevante 24e place.
Le patinage de vitesse est parfois un sport dangereux, les coureurs pouvant atteindre 48 km/h et l'Australien en a fait d'ailleurs les frais en 1994, lors d'une épreuve de la Coupe du monde à Montréal. Lors d'une course, un concurrent lui a tranché malencontreusement le haut de la cuisse, lui faisant perdre quatre litres de sang ! Steven Bradbury a eu besoin de 111 points de suture et 18 mois de rééducation pour se rétablir.
Organisés à Nagano, au Japon, les Jeux olympiques de 1998 sont l'occasion de faire mieux qu'à Lillehammer, puisque trois des quatre médaillés font partie de l'équipe australienne du relais 5000 m de quatre ans plus tôt. Malheureusement, la concurrence est rude et l'équipe de Steven Bradbury termine dernière de l'épreuve. Comme en Norvège, ses performances ont été entravées par des chutes et des collisions avec d'autres coureurs.
En 2000, Steven Bradbury subit ce qui, pour beaucoup, aurait été une blessure mettant fin à sa carrière. Au cours d'un entraînement à sa base de Sydney, l'athlète fonce tout droit dans les barrières en évitant un autre patineur qui était tombé devant lui. Malheureusement, son cou en pâtit, mais rien d'inquiétant, si ce n'est plusieurs opérations. Après l'insertion de quatre vis dans sa colonne vertébrale, on lui a conseillé d'abandonner ce sport, mais il refuse catégoriquement.
Les Jeux olympiques d'hiver de 2002 se sont déroulés à Salt Lake City, dans l'Utah. Steven Bradbury avait alors réussi à retrouver un bon niveau de patinage, se concentrant sur ses courses individuelles plutôt que sur le relais. Il sait qu'il n'est plus au sommet de sa carrière et qu'il lui faudra de la chance pour se qualifier pour les demi-finales.
Commençant très fort dans sa série, Steven Bradbury parvient à se hisser à la première place avec un temps de 1 : 30.956. Cela le plaçait dans une bataille acharnée, seuls les deux premiers étant qualifiés pour la suite de la course. L'athlète a tenu bon sur la piste, mais a terminé en troisième position. Sa déception est cependant de courte durée, car le champion du monde Marc Gagnon étant disqualifié, lui permet d'accéder aux demi-finales !
L'Australien savait que sa meilleure chance était d'adopter une approche régulière, de s'assurer qu'il restait droit tout au long de la course et d'espérer que certains concurrents tombent. Il a compris que son rythme n'était tout simplement pas à la hauteur. Alors qu'il occupait la dernière place avec Kim Dong-sung (Corée du Sud), Li Jiajun (Chine) et Mathieu Turcotte (Canada) devant lui, Steven Bradbury arrive premier, les trois favoris s'étant écrasés devant lui, ce qui lui a permis de se qualifier pour la finale.
Steven Bradbury participe pour la première fois à la finale d'une course olympique de 1000 m, mais la concurrence est rude. Le peloton comprend le grand favori et multiple champion du monde Apolo Anton Ohno, le sextuple médaillé d'or Ahn Hyun-soo (aujourd'hui Viktor An), Li Jiajun (maintes fois récompensés) et l'extrêmement talentueux Mathieu Turcotte.
Steven Bradbury adopte la même tactique qui lui a si bien réussi dans les tours précédents, en restant en retrait et en espérant des erreurs. Dans le dernier virage, ses concurrents s'emmêlent et finissent tous par tomber, laissant une voie libre à l'Australien pour remporter la première médaille d'or olympique d'hiver de son pays !
Après la course, Steven Bradbury a déclaré : ''J'étais le plus vieux du peloton et je savais qu'après quatre courses consécutives, j'allais être épuisé. Alors autant rester à l'écart et être en dernière position en espérant que certains s'emmêlent les pinceaux..."
L'Australie, une nation qui adule ses héros sportifs, l'a accueilli sous un tonnerre d'applaudissements, son nom devenant synonyme d'une réussite inattendue (''faire une Bradbury''). Il a reçu la médaille de l'Ordre du Mérite de son pays et a même été immortalisé sur une série de timbres. Qui l'aurait cru ?
Souvent considéré comme un personnage chanceux dans son domaine, Steven Bradbury a été à certains moments l'un des meilleurs au monde, le tout, sans être victime de graves blessures et chutes. Il aurait d'ailleurs pu accumuler d'autres trophées en cours de route. Son histoire de persévérance est peut-être mieux résumée par ses propres mots : "J'ai eu beaucoup de chance et même si j'ai gagné cette médaille d'or, je préfère plutôt la voir comme le résultat de mon travail acharné au cours de ma carrière".